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    October 04

    L’art entre illusion et réalité

    AFFICHE A3 02 copie bottom

    affiche version 2 (2007)
     
    La réalité peut-être élevée à sa majesté fondamentale, à ses dimensions cachées, de telle sorte que la Vie se trouve elle-même, sans plus se chercher au-delà d’elle-même : « l’au-delà, tout l’au-delà est dans cette vie ». Or, l’au-delà trouvé dans cette vie, c’est son immanence radicale. A. Breton l’exprime très clairement : « Tout ce que j'aime, tout ce que je pense et ressens, m'incline à une philosophie particulière de l'immanence d'après laquelle la surréalité serait contenue dans la réalité même, et ne lui serait ni supérieure ni extérieure. Et réciproquement, car le contenant serait aussi le contenu. » Et cela veut nettement dire que si l’art a une quelconque valeur, c’est pour autant qu’il permette à la vie et l’intelligence de se rencontrer dans une œuvre : « C'est dire si je repousse de toutes mes forces les tentatives qui, dans l'ordre de la peinture comme de l'écriture, pourraient avoir étroitement pour conséquence de soustraire la pensée de la vie, aussi bien que de placer la vie sous l'égide de la pensée ». L’art doit pouvoir faire surgir un monde sous le détail le plus insignifiant, une profondeur inouïe de la rencontre d’un papier dans le caniveau et d’une roue de bicyclette, d’un foulard qui tombe sous les pas d’un inconnu, un monde de coïncidences, de rapprochements, de mystères et de signes : le surréel au cœur du réel. La métapoésie en lieu et place de la perception de la soi-disant « réalité » pour s’éveiller à la perception et à la Réalité, comme dirait Stephen Jourdain.
     
     
    September 25

    « Around & About » Gary Hill - 1980.

    Around & About fait partie des bandes intimes où Gary Hill s'investit par sa propre voix et par le texte dont le sujet a rapport avec une situation privée. L'artiste se trouve dans la même situation qu'un écrivain, mais avec la vidéo qu'il peut transformer dans un espace de solitude. Dans le texte de Around & About, il est question d'une relation difficile entre deux personnes (correspondant aux pronoms "I" et "You") : "je ne suis pas prêt à être complexe", "je veux être avec toi", "je ne veux pas être séparé", "je veux continuer"... La parole cherche à atteindre l’autre, mais en se retenant au bord d'elle-même, comme si l'autre était déjà inaccessible. Elle est brutale, vaine et monotone. Elle monologue, donc elle affirme sans retour, effectuant elle-même à l'avance les retours de l'autre. C'est l'image qui vient donner des corps différents à ce qui est dit. L'image est en perpétuelle fragmentation. De petits segments se déplacent sur l'écran comme des briques de sens qui s'emboîtent, se déboîtent. L'intérieur d'un bureau est ainsi composé, décomposé ; on alterne entre des micro-perceptions locales qui sont en mouvement et des saisies globales qui varient en elles-mêmes. Le système d'inclusion ouvre de l'intérieur la surface de perception. La logique de conjonction et de disjonction des éléments visuels indique dans l’espace des différences pures qui s'inscrivent en lieux. C'est que Gary Hill cartographie les concepts, il les conçoit comme des endroits distincts ; et la pensée est le mouvement qui permet d'aller de l'un à l'autre.

    Paul-Emmanuel Odin

    Source : http://www.newmedia-art.org

    Voir la vidéo

    September 23

    « Lettre à personne » Roger Laporte

    Georges Bataille écrit : « La différence entre expérience intérieure et philosophie réside principalement en ce que, dans l'expérience, l'énoncé n'est rien, sinon un moyen et même, autant qu'un moyen, un obstacle ; ce qui compte n'est plus l'énoncé du vent, c'est le vent » (O. C. t. V, p. 25). Contrairement à Bataille, je ne pense pas que l'énoncé soit un obstacle, puisque, selon moi, il est au contraire un moyen tout à fait nécessaire, mais de même que G. B... oppose expérience intérieure et philosophie, de même j'oppose « biographie » et discours philosophique : pour le philosophe, du moins me semble-t-il, le discours (la réflexion qui aboutit à un juste énoncé) est primordial, tandis que, pour le « biographe », le plus important c'est le cheminement, la vie, l'histoire, l'expérience – même si le cœur de l'expérience est non-expérience. Ph. L. -L... dirait peut-être : le « rien arrive » – mais on peut dire également la « chose » arrive . Rien et chose ont la même étymologie : res.  

    p - 66, 67.

        

    August 28

    Oiseau

     

    Georges Braque, Carnets Intimes III, 1955

    Notes prises pour un oiseau

    L'oiseau. Les oiseaux. Il est probable que nous comprenons mieux les oiseaux depuis que nous fabriquons des aéroplanes.
    Bêtes à plumes. Faculté de voler. Caractères spéciaux du squelette. Attitudes ou expressions caractéristiques. 
    Certains oiseaux vivent seuls, ou avec leur seule famille immédiate, d'autres en petites bandes, d'autres en grandes bandes. Certains en compagnies serrées, d'autres en bandes éparses, qui semblent indisciplinées. Certains volent en ligne droite, d'autres tracent volontiers de grands cercles, certains selon leur gré, capricieusement. Il en est qui plus que d'autres paraissent déterminés par un instinct fatal, ou des manies rédhibitoires.
    Il en est peu qu'on puisse approcher de plus près que quelques mètres, certains s'enfuient de trente ou cinquante mètres. Quelques espèces citadines s'habituent au proche voisinage de l'homme et parfois sollicitent de lui, de quelques centimètres, en certaines circonstances, leur nourriture.

     
    " La rage de l'expression " , Francis Ponge.
    August 26

    L'impossible

    « La réflexion claire a toujours le possible pour objet. L'impossible, au contraire, est un désordre, une aberration. C'est un désordre qu'amènent seuls le désespoir et la passion... Un désordre excessif auquel seule la folie condamne ! »
     
    Georges Bataille, L'Impossible.


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Gustave Courbet, le désespéré (autoportrait), 1843-45

    « Avec ce masque riant que vous me connaissez, écrit-il à son mécène Alfred Bruyas, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire. »

    August 11

    Extrait

    Un jour les oiseaux finiront, mais il restera toujours un épouvantail.

    Peut-être un vol restera aussi.

    Combien nous aimerions une porte que personne n’aurait à ouvrir.

    Avant de pouvoir dormir, il faudrait d’abord savoir se réveiller.

    Roberto Juarroz     

    Source

    August 02

    n’appartient à mon essence que l’affection que j’éprouve ici et maintenant

    Spinoza répond formellement à Blyenbergh : il est aussi stupide de parler de la pierre en disant d’elle qu’elle manque de la vue qu’il serait stupide au moment où j’éprouve un appétit bassement sensuel de dire que je manque d’un amour meilleur.
     
    Dire que la pierre manque de vue c’est en gros dire que rien en elle ne contient la possibilité de voir. Tandis que lorsque je dis il manque du véritable amour, ce n’est pas une comparaison du même type puisque cette fois ci je n’exclue pas qu’à d’autres moments cet être là ait éprouvé quelque chose qui ressemble à du véritable amour. En d’autres termes est ce qu’une comparaison à l’intérieur de même être est analogue à une comparaison entre deux êtres ? Spinoza nous dit ...

      
    éternité  
    instantanéité
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    durée
     

     

    July 07

    Le chuchotement recommence

    Extrait B.O. Soigne ta droite de J. L. G.
     
    Séquence du golf, voix-off masculine
      
     Rien n'apparaissait encore, car au dessus du silence des voix lumineuses du rêve,
     un silence encore plus profond c'était miraculeusement déployé.
     
    Et ce silence était l'attente pure, silencieuse et miraculeuse par sa seule existence.
     Une attente qui se déposait comme une deuxième forme, 
    comme une forme du destin dans sa nudité,
    dont l'immobile rayonnement continuait à luire,
     qui se déposait comme une seconde irradiation de la lumière,  
    comme si l'attente était déjà un accroissement de richesse,
    une irradiation encore plus forte,
     peut-être même une seconde immensité
    encore plus intense qui lui permet de recevoir à nouveau
     une irradiation toute fraîche du divin
     abolissant la malédiction à jamais.
    C'était une attente sans direction, sans direction comme le rayonnement
    et pourtant, elle était orientée
     vers le porteur même de cette attente, vers le rêveur.
    C'était pour ainsi dire une exhortation
    qui lui était adressé de faire un ultime effort,
    un ultime effort créateur pour
     sortir du rêve, sortir du destin, sortir du hasard,
    sortir de la forme.
     
    rire
    soupir
    aïe aïe aïe
     
    L'individu frissonna.
     
     
    June 29

    Henri Bergson Art et durée

    Je veux bien que le tableau n'ait pas la valeur artistique d'un Rembrandt ou d'un Vélasquez : il est tout aussi inattendu et, en ce sens, aussi original.. On alléguera que j'ignorais le détail des circonstances, que je ne disposais pas des personnages, de leurs gestes, de leurs attitudes, et que, si l'ensemble m'apporte du nouveau, c'est qu'il me fournit un surcroît d'éléments. Mais j'ai la même impression de nouveauté devant le déroulement de ma vie intérieure. Je l'éprouve, plus vive que jamais, devant l'action voulue par moi et dont j'étais seul maître. Si je délibère avant d'agir, les moments de la délibération s'offrent à ma conscience comme les esquisses successives, chacune seule de son espèce, qu'un peintre ferait de son tableau ; et l'acte lui-même, en s'accomplissant, a beau réaliser du voulu et par conséquent du prévu, il n'en a pas moins sa forme originale. Soit, dira-t-on; il y a peut-être quelque chose d'original et d'unique dans un état d'âme; mais la matière est répétition ; le monde extérieur obéit à des lois mathématiques une intelligence surhumaine, qui connaîtrait la position, la direction et la vitesse de tous les atomes et électrons de l'univers matériel à un moment donné, calculerait n'importe quel état futur de cet univers, comme nous le faisons pour une éclipse de soleil ou de lune. - Je l'accorde, à la rigueur, s'il ne s'agit que du monde inerte, et bien que la question commence à être controversée, au moins pour les phénomènes élémentaires'. Mais ce monde n'est qu'une abstraction. La réalité concrète comprend les êtres vivants, conscients, qui sont encadrés dans la matière inorganique. Je dis vivants et conscients, car j'estime que le vivant est conscient en droit il devient inconscient en fait là où la conscience s'endort, mais, jusque dans les régions où la conscience somnole, chez le végétal par exemple, il y a évolution réglée, progrès défini, vieillissement, enfin tous les signes extérieurs de la durée qui caractérise la conscience. Pourquoi d'ailleurs parler d'une matière inerte où la vie et la conscience s'inséreraient comme dans un cadre ? De quel droit met-on l'inerte d'abord ? Les anciens avaient imagine une Ame du Monde qui assurerait la continuité d'existence de l'univers matériel. Dépouillant cette conception de ce qu'elle a de mythique, je dirais que le monde inorganique est une série de répétitions ou de quasi-répétitions infiniment rapides qui se somment en changements visibles et prévisibles. Je les comparerais aux oscillations du balancier de l'horloge celles-ci sont accolées à la détente continue d'un ressort qui les relie entre elles et dont elles scandent le progrès celles-là rythment la vie des êtres conscients et mesurent leur durée. Ainsi, l'être vivant dure essentiellement; il dure, justement parce qu'il élabore sans cesse du nouveau et parce qu'il n'y a pas d'élaboration sans recherche, pas de recherche sans tâtonnement. Le temps est cette hésitation même, ou il n'est rien du tout. Supprimez le conscient et le vivant (et vous ne le pouvez que par un effort artificiel d'abstraction, car le monde matériel, encore une fois, implique peut-être la présence nécessaire de la conscience et de la vie), vous obtenez en effet un univers dont les états successifs sont théoriquement calculables d'avance, comme les images, antérieures au déroulement, qui sont juxtaposées sur le film cinématographique. Mais alors, à quoi bon le déroulement ? Pourquoi la réalité se déploie-t-elle ? Comment n'est-elle pas déployée ? A quoi sert le temps ? (Je parle du temps réel, concret, et non pas de ce temps abstrait qui n’est qu’une quatrième dimension de l’espace )".
    La pensée et le mouvant, P.U.F.


    April 09

    « Mediations », Gary Hill, 4'

    Dans Mediations, Gary Hill utilise le même dispositif que Hollis Frampton dans Nostalgia. La vidéo prolonge ainsi, à sa façon, certaines recherches du cinéma expérimental. Mais ce n'est pas une photographie brûlant sur une résistance électrique que l'on voit au milieu de l'image, c'est un haut-parleur.
    Le principe de la bande est le suivant : Gary Hill décrit ce qui se passe au fur et à mesure que sa main recouvre le haut-parleur de sable. Mais il y a une complication initiale, la situation n'est simple qu'en apparence. Cette parole qui sort du haut-parleur, que l'on voit vibrer, a plusieurs fonctions : en nommant elle fait voir, et produit un frissonnement du sable sur la membrane sonore. Voulant dire les événements et étant déjà elle-même événement, la parole ne réussit jamais à seulement dire ce qu'elle dit sans modifier au fur et à mesure ce qu'elle cherche à saisir. Des décalages l'écartent de toutes parts. Et Gary Hill ne cesse, par ses jeux de mots, ses chiasmes, de nous perdre. Un lien nécessaire est pourtant là, de façon évidente, puisque le sable, l'image, vibre avec les mots. Quand il y a trop de sable, la voix devient sourde : dans la continuité, du début à la fin, une discontinuité, un renversement s'est donc produit, c'est maintenant la parole qui est modifiée par le sable. La situation n'est pas symétrique à celle du début : le sable naturel tend à étouffer la parole, à lui imposer le silence ou le bruit à la place de sa puissance signifiante. Ce que Gary Hill découvre, ce n'est pas seulement "la puissance de la parole" (comme Godard dans la bande portant ce titre), c'est aussi la puissance d'altération du dehors.
    Cette bande est elle-même son propre commentaire ; le texte indique les trois pôles entre lesquels tout se joue : le dire ("speak"), le voir et le toucher ("a hand enters the picture").

    Paul-Emmanuel Odin

    Source : Encyclopédies des nouveaux médias

    Cliquez sur ce lien pour voir un  extrait : « mediations »

    December 19

    La bande des quatre, Jacques Rivette

    Constance Claire, Pacôme Thiellement

    [...] Cependant, ce qui ne varie pas le moins du monde, ce qui n'a jamais varié, c'est la présence des cercles magiques dans lesquels évoluent les personnages. Comme dirait Philip K. Dick : L'Empire n'a jamais pris fin. Jouer, pour les héroïnes de La Bande des Quatre, c'est investir un cercle et l'épuiser en y incarnant les forces qui y président. Les incarner, c'est encore les démolir, en les soumettant au doute permanent, et y déceler les forces de la croyance et du mensonge qui fondent secrètement le lien social. Même la paranoïa, même la conscience du complot, devient une arme politique aux mains des hommes de pouvoir dès qu'elle s'inocule comme croyance. Jouer, ce n'est pas mentir, dit Claude, mais chercher la vérité. Les héroïnes de La bande des quatre sont de splendides figures d'insurrection permanente, dont les armes sont toutes tirées de la seule conscience d'être jouées, le sentiment confirmé par l'expérience de la plasticité de l'âme, soit La Double Inconstance, mais dont elles réussissent à en inverser et la valeur et le sens. La Bande des Quatre, c'est Constance, la naissance de l'art.

     

    October 19

    Ordre ou désordre

    Écrivez tout d'abord une phrase,
    Tranchez-la en morceaux menus ;
    Mélangez-les et assemblez-les
    Comme au hasard ils retombent :
    Ordre et désordre d'apparences
    Ne font aucune différence. 
     
    Peignez tout d'abord un objet
    Tranchez-le en morceaux menus ;
    Mélangez-les et assemblez-les
    Comme au hasard ils retombent :
    Ordre ou désordre d'apparences
    Ne font aucune différence.
     
    Lewis Carroll
     
    In Méditations sur un cheval de bois et autres essais sur la théorie de l'art, E. H. Gombrich
    September 29

    La voix de Gilles Deleuze en ligne, thème : Spinoza

    [...] voyez en quoi le problème de la propriété, le problème du vol, rentre en plein dans le schéma de Spinoza : lorsque je vole je détruis le rapport de convention entre la chose et son propriétaire. Et c’est uniquement parce que je détruis un rapport que je fais du mal. C’est une bonne idée de Spinoza ça, à chaque fois que vous détruisez un rapport, vous faites du mal. Mais vous me direz, comment évitez de faire du mal ? Quand je mange, je détruis un rapport, je détruis les rapports du bœuf pour m’incorporer les molécules de bœuf. Bon, d’accord, il dira, d’accord, d’accord... laissez le aller, laissez le aller son train, son chemin... Et l’adultère alors ? Ah ah... Tout s’explique, ça vient à merveille. Et ben c’est mal, parce que vous décomposez un rapport. Ah bon ? Alors si je ne décompose pas de rapport, je peux être adultérin. Oui ! Spinoza pense, parce que son entendement est borné, que ce n’est pas possible, que de toute manière dans l’adultère on décompose un rapport. Ce n’est pas sûr, on peut apporter des aménagements (rires) au spinozisme, car, que veut-il dire par décomposer un rapport ? Il veut dire que le mariage... et là il en rajoute même, parce que d’une part il était célibataire lui, et d’autre part il ne s’en souciait pas tellement... Là, il en rajoute au sens où il prend les choses à la lettre... Il dit : « Vous dites vous-même que le mariage est l’instauration d’un rapport sacré, entre la femme légitime et le mari ». C’est un rapport de convention, ça il dira : « le rapport de sacrement, il est de convention ». Il a écrit le traité théologico-politique pour raconter tout ça très bien. Mais les rapports conventionnels sont parfaitement fondés, et finalement, sont fondés sur des relations naturelles. Bien, c’est très important, ça... Donc, dans l’adultère, ce que vous détruisez, c’est le rapport conventionnel qui unit l’un des deux partenaires, ou les deux, à leur conjoints respectifs. Vous détruisez un rapport. Et à nouveau rebondit l’objection de Blyenbergh : quoi que je fasse, je détruis des rapports... Parce qu’après tout, même l’amour avec ma femme légitime détruit des rapports. Quels rapports ? Le rapport, par exemple, qu’elle avait avec sa mère. Ah...Je détruis, en me mariant, je détruis quand même le rapport éminemment naturel que ma femme légitime avait avec sa mère... Est-ce que je le détruis, ou est-ce que je le compose ? Alors, bon, il faut faire intervenir la mère de ma femme légitime, pour voir si c’est une composition de rapports ou si il y a destruction de rapports. Dans chaque acte de la vie, ce n’est pas compliqué, il faut tenir compte de tout ça... Qu’est-ce que je décompose comme rapport, et qu’est-ce que je compose comme rapport ? Vous comprenez où il veut en venir... Il va y avoir une drôle de chose dans l’éthique, ça va être tout le temps : « vous ne comprenez rien à la vie, et être une manière d’être, c’est ça ». [...]
     
     
    La voix de Gilles Deleuze en ligne
    August 10

    Tautologie

     Tous les tissus*

     

    A=A

    *Le réel et son double

    + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Tu vois Karin, on crée un cercle magique autour de soi, et on exclut tout ce qui ne va pas avec les jeux secrets que l'on joue. Quand la vie brise ces secrets, ces jeux deviennent petits et ridicules. On crée alors un nouveau cercle, des protections.

     
    ― Pauvre petit papa
     
    ― Oui pauvre petit papa qui doit vivre dans la réalité
     

    Extrait des dialogues d'À travers le miroir, film d'Ingmar Bergman, 1961

    August 03

    Georges Franju

    Détournement
     
    Mains en forme d'oiseaux au-dessus du visage endormi, geste suspendu en plein vol, le regard se détourne des paupières, tant de douceur précède tant de violence (p-64)
     
     
    Un photogramme, c'est aussi parfois un objet trouvé dans un film. On peut l'en extraire, lui faire jouer un nouveau rôle dans une partition nouvelle. Il entre dans des associations que le film n'avait pas programmé.
    A la rencontre d'un photogramme extrait d'un autre film, pris au vertige d'une parole qui redispose lui-même les objets (suspension du mouvement) (p-70)
     
    Fenêtres
     
    [...] Du dehors. Il faut qu'une fenêtre, toujours, soit fermée. La vision peut alors se substituer à la vue, à la banale captation voyeuriste (p-74)
     
    Georges Franju, une esthétique de la déstabilisation, Gérard Leblanc
    July 08

    Persona (photogramme)

     

    CONTAMINATION

    July 07

    " Mon frère se marie " film de Jean-Stéphane Bron

    Notes d'impressions, "provisoires" : 

    Détoner = exploser avec bruit, en produisant une détonation

    Détonner = sortir du ton, ne pas se trouver en harmonie 

    " Mon frère se marie " est le premier film que je vois de Jean Stéphane Bron. J'ai retenu la singularité de la mise en scène, le jeu d'Aurore Clément et ce rapport juste, familier, au corps, que je n'avais jamais vu  filmé de cette façon. Ce film m'est d'autant plus sympathique qu'il est fait par quelqu'un plus habitué aux documentaires qu'aux fictions. 

    Intérieur / Extérieur :

    Les scènes autour de la rencontre entre une famille désunie et reconstituée pour l'occasion et les parents de leur fils adoptif sont entrecoupées de plans fixes où chacun des protagonistes, isolément, exprime son ressenti, sous la forme d'un entretien, dans un dispositif propre aux films documentaires.

    Des contraintes comportementales, vestimentaires, orales, et... de mobiliers, notamment la table véritablement instable de la salle à manger, occasionnant rires ou gestes inadéquats à la situation, glissant vers une scène finale de catharsis, à l'abri de certains regards, dans la cuisine de la salle des fêtes.

    Le réalisateur a tenté, par exemple, de suggérer le paradoxe entre des archétypes produits par la société de consommation, donnés en modèle (famille "Kellogg") et les rapports interpersonnels absolument imprévisibles, l'apparition de l'existenz, créant des décalages entre le comment ça devrait se passer, et le comment ça se passe (du côté de la famille asiatique, le contraste se joue). Chacun sur sa ligne de fuite par rapport à une imitation : en tentant de ressembler à des archétypes vides (cela rappelle la notion d'"étalon vide" de G. Deleuze qui m'avait aidé à penser autrement un malaise social qui me hantait) on pète un plomb, comme dit un des personnages, tout semble mortuaire (lire le billet "que peut un corps"), on s'enferme en soi-même, on n'a plus rien à se dire, on est totalement aliéné, on va tous mourir, à quoi bon  vivre, etc...

    Anti-oedipien :

    La sentimentalité pesante et la psychologie stéréotypée de certains films mercantiles traitant du thème de la famille habitée par l'aliénation nous sont ici épargnées, nous éloignant des atmosphères étouffantes œdipiennes des films tels que "je vais bien ne t'en fait pas" se calquant sur des idées convenues et Freudienne comme "le sale petit secret" dont Gilles Deleuze et Félix Guattari ont essayé de défaire la société par leurs écrits ("Mais ils ne voient rien d’autre que le sale petit secret ?". Un petit secret minable, vraiment minable cette histoire de vouloir tuer son père et de vouloir coucher avec sa mère, c’est minable).

    Ici il y a une véritable proposition d'étude des corps.

    Les plans fixes sensés se passer au présent suggèrent par leur géométrie une immobilité toujours actuelle, mais il y a un débordement qui agit par la parole et par les "postures", qui crée des glissements imperceptibles entre une certaine "extériorité" et "intériorité" dans des mouvements invisibles, formant plis, qui nous traversent tous à des intensités différentes et des temps différents.

    (L’équilibre de l’individu déborde de toute part les déterminations familiales, F.Guattari)

    Le contexte contraignant et  le sujet

    Dans un stage auquel j'avais participé  nous consacrâmes une journée à une approche filmée des uns par les autres dans le but de se présenter, j'avais choisi de filmer mon humble camarade qui s'appliquait à lire le texte d'une anecdote rédigée expressément pour la caméra (où il était question de plat de choucroute et de rencontre avec Catherine Deneuve, à moins que ce ne fut l'inverse) dans un cadre moyen et fixe, sans modification contextuelle, sinon peut-être celle d'un léger déplacement latéral de chaise et de table, où je lui  demandais de s'installer.

    En regardant par le viseur, j'étais absorbée par son stress, qui devenait imperceptiblement mien et je fus très désappointée, doutant de mes choix.

    En voyant ce film, je saisis la cause de ma sensation d'échec : ce n'était pas un choix esthétique, mais plutôt un choix critique (au double sens de ce mot) quant à la demande, où je subissais la non prise en compte de l'espace-temps, comme si tout se jouait dans la réalité de la personne en chair et en os se tenant à quelques mètres de la caméra, dans l'instant présent, comme médusée par une pure présence, effroi du mortifiant.

    Maurice Pialat et John Cassavetes ont réalisé des films traitant du thème d'individus reliés par des liens familiaux et leurs débordements possibles/impossibles, à la manière de chercheurs, où la caméra est véritablement un appareil qui sonde des interactions entre les corps.

     entre, sans, présent, ailleurs, corps à corps, absents, picturaux, granuleux, tangibles, insaisissables, divisées, unis, imaginés, fabulés, accidentés, mystifiés, déchirées, reconstitués, déchiquetés...

     

    " C'est cela Muriel, cette pulsation quotidienne, cette palpitation fragile de nous tous qui n'avons que notre vie pour vivre, telle qu'elle est, dans sa dispersion mais aussi dans sa vérité se dissimulent parfois nos plus sombres mensonges "

    Jean Cayrol à propos de Muriel, film d'Alain Resnais