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KinêmaJournal de bord ("Deux dangers nous menacent, l'ordre et le désordre" Paul valéry)
October 04 L’art entre illusion et réalitéaffiche version 2 (2007)
La réalité peut-être élevée à sa majesté fondamentale, à ses dimensions cachées, de telle sorte que la Vie se trouve elle-même, sans plus se chercher au-delà d’elle-même : « l’au-delà, tout l’au-delà est dans cette vie ». Or, l’au-delà trouvé dans cette vie, c’est son immanence radicale. A. Breton l’exprime très clairement : « Tout ce que j'aime, tout ce que je pense et ressens, m'incline à une philosophie particulière de l'immanence d'après laquelle la surréalité serait contenue dans la réalité même, et ne lui serait ni supérieure ni extérieure. Et réciproquement, car le contenant serait aussi le contenu. » Et cela veut nettement dire que si l’art a une quelconque valeur, c’est pour autant qu’il permette à la vie et l’intelligence de se rencontrer dans une œuvre : « C'est dire si je repousse de toutes mes forces les tentatives qui, dans l'ordre de la peinture comme de l'écriture, pourraient avoir étroitement pour conséquence de soustraire la pensée de la vie, aussi bien que de placer la vie sous l'égide de la pensée ». L’art doit pouvoir faire surgir un monde sous le détail le plus insignifiant, une profondeur inouïe de la rencontre d’un papier dans le caniveau et d’une roue de bicyclette, d’un foulard qui tombe sous les pas d’un inconnu, un monde de coïncidences, de rapprochements, de mystères et de signes : le surréel au cœur du réel. La métapoésie en lieu et place de la perception de la soi-disant « réalité » pour s’éveiller à la perception et à la Réalité, comme dirait Stephen Jourdain.
September 25 « Around & About » Gary Hill - 1980.
September 23 « Lettre à personne » Roger LaporteGeorges Bataille écrit : « La différence entre expérience intérieure et philosophie réside principalement en ce que, dans l'expérience, l'énoncé n'est rien, sinon un moyen et même, autant qu'un moyen, un obstacle ; ce qui compte n'est plus l'énoncé du vent, c'est le vent » (O. C. t. V, p. 25). Contrairement à Bataille, je ne pense pas que l'énoncé soit un obstacle, puisque, selon moi, il est au contraire un moyen tout à fait nécessaire, mais de même que G. B... oppose expérience intérieure et philosophie, de même j'oppose « biographie » et discours philosophique : pour le philosophe, du moins me semble-t-il, le discours (la réflexion qui aboutit à un juste énoncé) est primordial, tandis que, pour le « biographe », le plus important c'est le cheminement, la vie, l'histoire, l'expérience – même si le cœur de l'expérience est non-expérience. Ph. L. -L... dirait peut-être : le « rien arrive » – mais on peut dire également la « chose » arrive . Rien et chose ont la même étymologie : res.
p - 66, 67.
August 28 Oiseau
Georges Braque, Carnets Intimes III, 1955 Notes prises pour un oiseau L'oiseau. Les oiseaux. Il est probable que nous comprenons mieux les oiseaux depuis que nous fabriquons des aéroplanes. " La rage de l'expression " , Francis Ponge. August 26 L'impossible« La réflexion claire a toujours le possible pour objet. L'impossible, au contraire, est un désordre, une aberration. C'est un désordre qu'amènent seuls le désespoir et la passion... Un désordre excessif auquel seule la folie condamne ! »
Georges Bataille, L'Impossible.
Gustave Courbet, le désespéré (autoportrait), 1843-45 « Avec ce masque riant que vous me connaissez, écrit-il à son mécène Alfred Bruyas, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire. » August 11 ExtraitUn jour les oiseaux finiront, mais il restera toujours un épouvantail. Peut-être un vol restera aussi.Combien nous aimerions une porte que personne n’aurait à ouvrir.Avant de pouvoir dormir, il faudrait d’abord savoir se réveiller.Roberto Juarroz August 02 n’appartient à mon essence que l’affection que j’éprouve ici et maintenantSpinoza répond formellement à Blyenbergh : il est aussi stupide de parler de la pierre en disant d’elle qu’elle manque de la vue qu’il serait stupide au moment où j’éprouve un appétit bassement sensuel de dire que je manque d’un amour meilleur.
Dire que la pierre manque de vue c’est en gros dire que rien en elle ne contient la possibilité de voir. Tandis que lorsque je dis il manque du véritable amour, ce n’est pas une comparaison du même type puisque cette fois ci je n’exclue pas qu’à d’autres moments cet être là ait éprouvé quelque chose qui ressemble à du véritable amour. En d’autres termes est ce qu’une comparaison à l’intérieur de même être est analogue à une comparaison entre deux êtres ? Spinoza nous dit ...
éternité
July 10 " Je pourrais dire cet homme comme je pourrais dire n’importe quel homme. " Nouvelle vague, J. L. G.
July 07 Le chuchotement recommenceExtrait B.O. Soigne ta droite de J. L. G.
Séquence du golf, voix-off masculine
Rien n'apparaissait encore, car au dessus du silence des voix lumineuses du rêve,
un silence encore plus profond c'était miraculeusement déployé.
Et ce silence était l'attente pure, silencieuse et miraculeuse par sa seule existence.
Une attente qui se déposait comme une deuxième forme,
comme une forme du destin dans sa nudité,
dont l'immobile rayonnement continuait à luire,
qui se déposait comme une seconde irradiation de la lumière,
comme si l'attente était déjà un accroissement de richesse,
une irradiation encore plus forte,
peut-être même une seconde immensité
encore plus intense qui lui permet de recevoir à nouveau
une irradiation toute fraîche du divin
abolissant la malédiction à jamais.
C'était une attente sans direction, sans direction comme le rayonnement
et pourtant, elle était orientée
vers le porteur même de cette attente, vers le rêveur.
C'était pour ainsi dire une exhortation
qui lui était adressé de faire un ultime effort,
un ultime effort créateur pour
sortir du rêve, sortir du destin, sortir du hasard,
sortir de la forme.
rire
soupir
aïe aïe aïe
L'individu frissonna.
June 29 Henri Bergson Art et durée" Je veux bien que le tableau n'ait pas la valeur artistique d'un Rembrandt ou d'un Vélasquez : il est tout aussi inattendu et, en ce sens, aussi original.. On alléguera que j'ignorais le détail des circonstances, que je ne disposais pas des personnages, de leurs gestes, de leurs attitudes, et que, si l'ensemble m'apporte du nouveau, c'est qu'il me fournit un surcroît d'éléments. Mais j'ai la même impression de nouveauté devant le déroulement de ma vie intérieure. Je l'éprouve, plus vive que jamais, devant l'action voulue par moi et dont j'étais seul maître. Si je délibère avant d'agir, les moments de la délibération s'offrent à ma conscience comme les esquisses successives, chacune seule de son espèce, qu'un peintre ferait de son tableau ; et l'acte lui-même, en s'accomplissant, a beau réaliser du voulu et par conséquent du prévu, il n'en a pas moins sa forme originale. Soit, dira-t-on; il y a peut-être quelque chose d'original et d'unique dans un état d'âme; mais la matière est répétition ; le monde extérieur obéit à des lois mathématiques une intelligence surhumaine, qui connaîtrait la position, la direction et la vitesse de tous les atomes et électrons de l'univers matériel à un moment donné, calculerait n'importe quel état futur de cet univers, comme nous le faisons pour une éclipse de soleil ou de lune. - Je l'accorde, à la rigueur, s'il ne s'agit que du monde inerte, et bien que la question commence à être controversée, au moins pour les phénomènes élémentaires'. Mais ce monde n'est qu'une abstraction. La réalité concrète comprend les êtres vivants, conscients, qui sont encadrés dans la matière inorganique. Je dis vivants et conscients, car j'estime que le vivant est conscient en droit il devient inconscient en fait là où la conscience s'endort, mais, jusque dans les régions où la conscience somnole, chez le végétal par exemple, il y a évolution réglée, progrès défini, vieillissement, enfin tous les signes extérieurs de la durée qui caractérise la conscience. Pourquoi d'ailleurs parler d'une matière inerte où la vie et la conscience s'inséreraient comme dans un cadre ? De quel droit met-on l'inerte d'abord ? Les anciens avaient imagine une Ame du Monde qui assurerait la continuité d'existence de l'univers matériel. Dépouillant cette conception de ce qu'elle a de mythique, je dirais que le monde inorganique est une série de répétitions ou de quasi-répétitions infiniment rapides qui se somment en changements visibles et prévisibles. Je les comparerais aux oscillations du balancier de l'horloge celles-ci sont accolées à la détente continue d'un ressort qui les relie entre elles et dont elles scandent le progrès celles-là rythment la vie des êtres conscients et mesurent leur durée. Ainsi, l'être vivant dure essentiellement; il dure, justement parce qu'il élabore sans cesse du nouveau et parce qu'il n'y a pas d'élaboration sans recherche, pas de recherche sans tâtonnement. Le temps est cette hésitation même, ou il n'est rien du tout. Supprimez le conscient et le vivant (et vous ne le pouvez que par un effort artificiel d'abstraction, car le monde matériel, encore une fois, implique peut-être la présence nécessaire de la conscience et de la vie), vous obtenez en effet un univers dont les états successifs sont théoriquement calculables d'avance, comme les images, antérieures au déroulement, qui sont juxtaposées sur le film cinématographique. Mais alors, à quoi bon le déroulement ? Pourquoi la réalité se déploie-t-elle ? Comment n'est-elle pas déployée ? A quoi sert le temps ? (Je parle du temps réel, concret, et non pas de ce temps abstrait qui n’est qu’une quatrième dimension de l’espace )".
La pensée et le mouvant, P.U.F.
April 09 « Mediations », Gary Hill, 4'
Dans Mediations, Gary Hill utilise le même dispositif que Hollis Frampton dans Nostalgia. La vidéo prolonge ainsi, à sa façon, certaines recherches du cinéma expérimental. Mais ce n'est pas une photographie brûlant sur une résistance électrique que l'on voit au milieu de l'image, c'est un haut-parleur. Paul-Emmanuel Odin Source : Encyclopédies des nouveaux médias Cliquez sur ce lien pour voir un extrait : « mediations » December 19 La bande des quatre, Jacques Rivette
Constance Claire, Pacôme Thiellement [...] Cependant, ce qui ne varie pas le moins du monde, ce qui n'a jamais varié, c'est la présence des cercles magiques dans lesquels évoluent les personnages. Comme dirait Philip K. Dick : L'Empire n'a jamais pris fin. Jouer, pour les héroïnes de La Bande des Quatre, c'est investir un cercle et l'épuiser en y incarnant les forces qui y président. Les incarner, c'est encore les démolir, en les soumettant au doute permanent, et y déceler les forces de la croyance et du mensonge qui fondent secrètement le lien social. Même la paranoïa, même la conscience du complot, devient une arme politique aux mains des hommes de pouvoir dès qu'elle s'inocule comme croyance. Jouer, ce n'est pas mentir, dit Claude, mais chercher la vérité. Les héroïnes de La bande des quatre sont de splendides figures d'insurrection permanente, dont les armes sont toutes tirées de la seule conscience d'être jouées, le sentiment confirmé par l'expérience de la plasticité de l'âme, soit La Double Inconstance, mais dont elles réussissent à en inverser et la valeur et le sens. La Bande des Quatre, c'est Constance, la naissance de l'art.
October 19 Ordre ou désordreÉcrivez tout d'abord une phrase,
Tranchez-la en morceaux menus ;
Mélangez-les et assemblez-les
Comme au hasard ils retombent :
Ordre et désordre d'apparences
Ne font aucune différence.
Peignez tout d'abord un objet
Tranchez-le en morceaux menus ;
Mélangez-les et assemblez-les
Comme au hasard ils retombent :
Ordre ou désordre d'apparences
Ne font aucune différence.
Lewis Carroll
In Méditations sur un cheval de bois et autres essais sur la théorie de l'art, E. H. Gombrich September 29 La voix de Gilles Deleuze en ligne, thème : Spinoza[...] voyez en quoi le problème de la propriété, le problème du vol, rentre en plein dans le schéma de Spinoza : lorsque je vole je détruis le rapport de convention entre la chose et son propriétaire. Et c’est uniquement parce que je détruis un rapport que je fais du mal. C’est une bonne idée de Spinoza ça, à chaque fois que vous détruisez un rapport, vous faites du mal. Mais vous me direz, comment évitez de faire du mal ? Quand je mange, je détruis un rapport, je détruis les rapports du bœuf pour m’incorporer les molécules de bœuf. Bon, d’accord, il dira, d’accord, d’accord... laissez le aller, laissez le aller son train, son chemin... Et l’adultère alors ? Ah ah... Tout s’explique, ça vient à merveille. Et ben c’est mal, parce que vous décomposez un rapport. Ah bon ? Alors si je ne décompose pas de rapport, je peux être adultérin. Oui ! Spinoza pense, parce que son entendement est borné, que ce n’est pas possible, que de toute manière dans l’adultère on décompose un rapport. Ce n’est pas sûr, on peut apporter des aménagements (rires) au spinozisme, car, que veut-il dire par décomposer un rapport ? Il veut dire que le mariage... et là il en rajoute même, parce que d’une part il était célibataire lui, et d’autre part il ne s’en souciait pas tellement... Là, il en rajoute au sens où il prend les choses à la lettre... Il dit : « Vous dites vous-même que le mariage est l’instauration d’un rapport sacré, entre la femme légitime et le mari ». C’est un rapport de convention, ça il dira : « le rapport de sacrement, il est de convention ». Il a écrit le traité théologico-politique pour raconter tout ça très bien. Mais les rapports conventionnels sont parfaitement fondés, et finalement, sont fondés sur des relations naturelles. Bien, c’est très important, ça... Donc, dans l’adultère, ce que vous détruisez, c’est le rapport conventionnel qui unit l’un des deux partenaires, ou les deux, à leur conjoints respectifs. Vous détruisez un rapport. Et à nouveau rebondit l’objection de Blyenbergh : quoi que je fasse, je détruis des rapports... Parce qu’après tout, même l’amour avec ma femme légitime détruit des rapports. Quels rapports ? Le rapport, par exemple, qu’elle avait avec sa mère. Ah...Je détruis, en me mariant, je détruis quand même le rapport éminemment naturel que ma femme légitime avait avec sa mère... Est-ce que je le détruis, ou est-ce que je le compose ? Alors, bon, il faut faire intervenir la mère de ma femme légitime, pour voir si c’est une composition de rapports ou si il y a destruction de rapports. Dans chaque acte de la vie, ce n’est pas compliqué, il faut tenir compte de tout ça... Qu’est-ce que je décompose comme rapport, et qu’est-ce que je compose comme rapport ? Vous comprenez où il veut en venir... Il va y avoir une drôle de chose dans l’éthique, ça va être tout le temps : « vous ne comprenez rien à la vie, et être une manière d’être, c’est ça ». [...]
August 10 TautologieTous les tissus*A=A*Le réel et son double
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― ― Pauvre petit papa
― Oui pauvre petit papa qui doit vivre dans la réalité
Extrait des dialogues d'À travers le miroir, film d'Ingmar Bergman, 1961 August 03 Georges FranjuDétournement
Mains en forme d'oiseaux au-dessus du visage endormi, geste suspendu en plein vol, le regard se détourne des paupières, tant de douceur précède tant de violence (p-64)
Un photogramme, c'est aussi parfois un objet trouvé dans un film. On peut l'en extraire, lui faire jouer un nouveau rôle dans une partition nouvelle. Il entre dans des associations que le film n'avait pas programmé.
A la rencontre d'un photogramme extrait d'un autre film, pris au vertige d'une parole qui redispose lui-même les objets (suspension du mouvement) (p-70)
Fenêtres
[...] Du dehors. Il faut qu'une fenêtre, toujours, soit fermée. La vision peut alors se substituer à la vue, à la banale captation voyeuriste (p-74)
Georges Franju, une esthétique de la déstabilisation, Gérard Leblanc July 07 " Mon frère se marie " film de Jean-Stéphane BronNotes d'impressions, "provisoires" :
Détoner = exploser avec bruit, en produisant une détonation
Détonner = sortir du ton, ne pas se trouver en harmonie
" Mon frère se marie " est le premier film que je vois de Jean Stéphane Bron. J'ai retenu la singularité de la mise en scène, le jeu d'Aurore Clément et ce rapport juste, familier, au corps, que je n'avais jamais vu filmé de cette façon. Ce film m'est d'autant plus sympathique qu'il est fait par quelqu'un plus habitué aux documentaires qu'aux fictions.
Intérieur / Extérieur :
Les scènes autour de la rencontre entre une famille désunie et reconstituée pour l'occasion et les parents de leur fils adoptif sont entrecoupées de plans fixes où chacun des protagonistes, isolément, exprime son ressenti, sous la forme d'un entretien, dans un dispositif propre aux films documentaires.
Des contraintes comportementales, vestimentaires, orales, et... de mobiliers, notamment la table véritablement instable de la salle à manger, occasionnant rires ou gestes inadéquats à la situation, glissant vers un | ||||||||||||||||||||||||